IMPROMPTU - ANITA MOLINERO



Ouvert le samedi 14 et le dimanche 15 décembre de 14h à 17h.
 
IMPROMPTU
Exposition ANITA MOLINERO
Avec l’aimable courtoisie de la galerie Thomas Bernard

Le quai 294M9/la gare
71740 Saint Maurice-les-Châteauneuf
Du 25 novembre au 26 avril

Cette exposition impromptue rassemble 6 œuvres de l’artiste et sera ouverte du lundi au vendredi de 14h à 17h
ou sur rendez-vous.


Issue de l'École supérieure des Beaux-Arts de Marseille, Anita Molinero compose, pendant ses années punk, ses premières sculptures en faisant se rencontrer des objets et des matériaux de récupération.

Anita Molinero utilise comme matière première de son oeuvre les produits ou résidus du monde industriel, qu’elle fait fondre, compresse et remodèle, mais s'arrête avant l'informe. Le paysage urbain et son mobilier constituent l’un de ses terrains d’intervention plastique privilégiés et l’univers de la science-fiction, une importante source d’inspiration. Les sculptures d’Anita Molinero, à la fois sensationnelles et monstrueuses, invitent à une réflexion sur le statut et l’avenir de l’objet ready-made dans l’ère post-atomique.

Longtemps la sculpture a été présentée comme une affaire d’homme, c’est-à-dire de force, d’affirmation virile contre la matière, de conquête expressive sur l’opacité inerte de l’informe. Camille Claudel fit ainsi figure de sublime victime de Rodin et Eva Hesse d’héroïne tragique terrassée, dans sa lutte contre le machisme minimaliste, par les effluves nocives des nouvelles matières plastiques. Rares sont aujourd’hui les artistes – et, a fortiori, les artistes femmes – qui comme Anita Molinero continuent de s’affronter à la sculpture dans son acception classique : s’attaquer au matériau par soustraction, découpe, déchirure, déformation, perforation, trituration, comme en un combat sans merci où la violence et la forme sont l’avers et l’envers d’un geste destructeur dont pourtant surgit l’oeuvre.

On aura compris que nous sommes ici dans un registre expressionniste exacerbé. Comment sculpter après la fin analytique moderniste de la sculpture, après la destitution moderno-puritaine de l’expressivité ? Comment réaffirmer la puissance dans le même temps qu’on en révoque les usages spectaculaires au service de la domination ? Comment revalider les séductions paradoxales de la force destructrice ? Il y a une iconographie de l’iconoclasme, tout un répertoire de formes défaites, d’images défuntes, d’oripeaux en lambeaux. Steven Parrino l’a exaltée dans son acharnement contre la peinture acculée à sa butée monochrome.

Anita Molinero conduit des batailles comparables dans le champ de la sculpture contemporaine. Les matériaux qu’elle torture sont issus de notre environnement le plus quotidien : emballages en polystyrène extrudé, onduline, films étirables, sacs poubelles, conteneurs et tous autres objets en plastique moulé ou thermoformé. Aux deux bouts de la chaîne, ils protègent les marchandises que nous consommons et emportent les déchets qu’elles deviennent aussitôt. Ce sont des choses périphériques, des matériaux fantômes. L’artiste les place au centre de son travail, elle y trouve ses moyens mêmes, elle en fait ses objets propres, les chairs qu’elle métamorphose par dilacérations et brûlures.

Il en résulte une sculpture polychrome d’un nouveau genre qui relève de l’esthétique du trou, de la coulure, de l’éviscération, de l’affaissement, de l’effondrement. Ces écorchés à l’anatomie tératologique, ce n’est pas pour rien qu’ils sont souvent accrochés au plafond comme des carcasses sanglantes, comme des trophées dérisoires issus de chasses improbables ou d’apocalypses post-technologiques. L’ombre portée d’Hiroshima s’étend parfois insidieusement sur ces peaux boursouflées, ces armures fondues, ces champignons grotesques. D’excroissances en ablations, le monde des formes que Anita Molinero arrache aux outils bénins de la protection et de la conservation de notre existence anodine libère la stridence intolérable de l’époque.

"L'art politique qui consiste à dénoncer ou à contester me paraît une notion dépassée, car il suppose un adversaire identifié or actuellement l'ennemi est insaisissable."
Anita Molinero


Anita Molinero à la galerie Thomas Bernard : www.galeriethomasbernard.com

Le travail d’Anita Molinero est actuellement présenté :
au Palais de Tokyo dans l’exposition « Futur, ancien, fugitif » du 16/10/2019 au 05/01/202
" futur-ancien-fugitif "
au 19 CRAC Montbelliard « Les Zippettes » du 21/09/2019 au 15/01/2020
" Les Zippettes "
Back to Top